Circulez, y a rien à voir

JEU :
« Alors il nous faudrait un RIB, une pièce d’identité, votre contrat de travail, la caution de vos parents, 3 mois de leurs bulletins de salaire, une photocopie du livret de famille, la photocopie de l’assurance logement, … »
Cet extrait correspond : a) à une demande de droit d’asile
b) à un film avec Romain Duris
c) aux pièces nécessaires à l’élaboration du bail de mon studio
(Réponses par commentaire, le gagnant aura droit à une fiche prioritaire pour la queue à
Comme pour tout bonhomme bien préparé au retour (merci Brigitte, merci
« Excusez-moi de vous arrêter monsieur, mais ça ne va pas être possible si vous ne pouvez pas présenter un justificatif de domicile et votre assurance responsabilité civile… » (Installation du téléphone).
Liberté, quel gros mot ! Non, je me contenterai de vous partager que toutes ces formes de « contrôle » m’ont passablement choqué. Sentiment oppressant d’être toujours en devoir de fournir un justificatif pour quoi qu’on fasse, où qu’on soit.
« Votre titre de transport s’il vous plaît, ainsi que votre carte de réduction et une pièce d’identité ».
Certes, ces justificatifs ont une justification, c’est fort juste. Mais palsambleu, je me sentirais un côté presque canin avec toutes ces puces dans ma poche : carte vitale, bancaire, de bibliothèque… On me dira, l’idée que l’on puisse tracer mon parcours dans la ville me rassure profondément…certes moins que si j’avais un téléphone portable ou une puce dans l’avant-bras. Mais tout ça est au programme, n’est-ce pas ? Contrôle génétique pour les immigrés, empreintes digitales dans les cantines, vidéosurveillance accrue, voilà enfin une société épurée de ses déviants qui la privent de sécurité et donc de bien-être !
C’est donc ce « contrôle » permanent qui m’a choqué et continue de m’écœurer un peu, je dois l’avouer : un environnement social fondé sur la défiance perd un peu de son humanité, même si bien sûr tout doit être nuancé. Et pour comble, me voici moi-même un rouage de ce contrôle : je travaille à mi-temps dans un internat de lycée à Rennes, en tant que…surveillant ! A bon entendeur, les pauvres drôles que j’ai en charge (de 18 à 20 ans) n’ont qu’à bien se tenir, puisqu’avec le hublot ( !) qui trahit leur intimité par leur porte, tout est « potentiellement » épié. Bien sûr c’est plus facile pour surveiller. Bien sûr ils ne risquent pas de fumer dans les chambres. Mais j’ai un peu honte de participer à leur infliger ça…
Tuer le risque en tuant les interstices de liberté, ça aussi c’est risqué.
On en terminera là, le reste est à écrire. Ce blog s’achève en vous remerciant bien bas d’avoir daigné y poser les yeux (et d’avoir identifié vos iris, hé hé), je dois retourner remplir le formulaire 11423*05. Je vous souhaite à tous un bon vent de liberté, et un zeste d’esprit critique parsemé de soupçons de folie !
Et maintenant circulez, y a (plus) rien à voir…