Opium et coca du peuple

Publié le par Emmanuel Boissinot

Le pseudo-petit-point-socio de ce blog, que je ne peux vous épargner…

 

Je crois que de toute façon, il me faut regratter quelques lignes sur ce qui a fait réagir pas mal de monde dans un article récent, qui traduisait peut-être des déceptions, mais sûrement pas de déprime. Avec un peu de recul, je me rends compte que cette déception est peut-être à propos de moi-même : déception de ne pas comprendre aussi bien que je le pensais, et que je le voudrais, un peuple et des gens. Je réalise aussi que les beaux discours d’avant-départ, aussi nécessaires qu’ils soient, ne suffisent pas à faire de moi l’homme ouvert et compréhensif que j’aurais peut-être souhaité.

 

Quelque chose d’intéressant est que je me rends compte également qu’il est plus difficile que prévu de comprendre les comportements, au-delà des idées faciles et tranquillisantes du style : « oui, mais eux ils valorisent plus la famille, la communauté, c’est plus chaleureux, etc. ». Ce n’est pas aussi simple. Et je dois admettre qu’il me manque des clés de compréhension, qui se dévoilent pourtant petit à petit : mais c’est tout de même curieux de voir que ce besoin de compréhension est aussi parfois un besoin de « justification » des comportements à nos yeux, dans une probable échelle de valeurs. Affaire à suivre.

 

Pour le reste, quelques points à attaquer tout de même, qui titillent et trottent dans la tête : surtout ces petits riens…voire ces grands quelque choses qui surprennent, et qui, chose dont je viens de me rendre compte, viennent de notre chère « civilisation » : pour aujourd'hui, la compétition, le foot et la télé.

 

-         Tout d’abord donc, ce phénomène qui ne cesse pas de me marquer, voire de me gêner au sein même de NIDEL : très souvent, pour rendre les activités proposées attractives, les éducateurs choisissent d’y injecter de la « compétition ». Pour eux, c’est le moyen principal de motiver les jeunes. Mais…deux minutes. Je la pratique aussi, et il est vrai qu’il n’est pas toujours évident de susciter l’attention des jeunes ; cependant, si la compétition a l’avantage de provoquer cette motivation, elle montre des penchants bien moins appréciables : bien souvent, ce sont les mêmes qui se distinguent comme les « dominants », reléguant les autres au rang d’éternels « perdants ». On pourra me dire que chacun a ses qualités dans des domaines différents, la pratique n’est pas aussi rose et facile à gérer. D’autre part, ce phénomène de « compétition » (en me relisant, je trouve mes mots d’allure un peu réac’, mais bon…peu importe) incite toujours les jeunes à se monter les uns contre les autres, serait-ce par le jeu : le but n’est plus de réussir quelque chose, de comprendre, mais plutôt de vaincre l’autre ou les autres équipes, quel qu’en soit le coût (coups bas, triche,…). Le sens de l’activité est de fait très sensiblement déplacé, sans que l’on s’en rende vraiment compte. Ce point me marque assez, est n’est pas très évident à discuter avec les uns et les autres (Claudia est cependant d’accord) : en effet, et je sais ça d’expérience d’animateur et d’éducateur, ce travail est finalement assez narcissique, et l’objectif éducatif se déplace parfois insidieusement vers l’objectif de plaire aux éduqués, ou plus indirectement vers le fait que l’activité plaise. Pour ça en effet, la compétition est un moteur parfois facile pour donner l’impression d’une activité réussie puisqu’animée. Mais attention, rien n’est facile pour autant : se rendre compte de ça est autre chose que de trouver des alternatives…les activités coopératives demandent du travail, de la créativité, du suivi et ne sont pas toujours vécues comme on le souhaiterait…encore une affaire à suivre donc. Un point positif pourtant : l’expérience de la montgolfière, réalisée en groupe, a suscité pour moi une grosse bouffée d’espérance, au-delà de ce que j’attendais : les enfants ont participé avec beaucoup d’attention, de concentration, de respect mutuel, à cette œuvre collective…à poursuivre.

 

-         J’ai déjà perdu la moitié des lecteurs, donc je vais essayer de faire plus court pour la suite (pff, même pas vrai !) : la télé. J’ai eu la chance il y a quelques semaines de vivre une après-midi avec des éducateurs : repas de midi puis aprèm’ tranquille…devant la télé ! Ca faisait près de trois mois que je ne l’avais regardée (à la très grande surprise de mes compères du moment), ce n’est pas désagréable. Et surtout très instructif…A l’image de ce qui se passe pour nos amis américains (les vrais gringos !), les films sont entrecoupés toutes les 10-15 minutes (je suis loin d’exagérer) de publicités diverses. Un gentil bourrage de crâne incroyablement pénible, qui tue le plaisir de regarder un film. Mais je me suis aussi aperçu, en discutant, que la télé est devenue (en relativement peu de temps) très systématique dans les foyers : elle remplit les soirées et les vacances, si bien que tout le monde se demande bien ce que je peux faire de ces moments, tout seul chez moi. Mais…en y réfléchissant, cette surprise est la même en France, quand j’annonce que je n’ai pas le fameux boîtier à images. Celui-ci a ses qualités, il ne faut surtout pas le nier ; cependant…je resterai critique : ici surtout, les programmes sont dans leur très grande majorité inspirés de ceux des voisins nord-américains, et ce n’est pas un compliment. Films, séries, info-spectacle : sans être trop définitif…il y a tout de même fort à croire que tout ce qui est ingurgité joue fortement sur les comportements et les idéaux. Et je ne m’arrêterai pas trop sur la profonde naïveté des programmes de télé-réalité et des séries (type « Amour, gloire et beauté »). J’adore.

 

-         Terminons en deux mots sur ce sport universel, qui me permet entre autres de m’intégrer un peu mieux ici (après avoir moult fois craché mes poumons…) : el futbol. C’est quand même impressionnant de voir une activité autant pratiquée, suivie et aimée dans tous les coins de la terre au même degré… Potosí, et la Bolivie en général, ne font pas exception : les exploits des joueurs locaux sont suivis avec un enthousiasme quasi marseillais, et les terrains ne désemplissent pas : un ballon ou une balle quelconque, ça ne coûte pas cher, et les rues font bien souvent office de terrain. On pleure foot, on parle foot, on vibre foot. C’est comme ça. Et la Bolivie n’est pas exempte de ses autres conséquences (bien connues chez nous…) : violence et compétition surtout (et oui, le foot est bien moins unificateur qu’on peut croire…), sur les stades et entre les enfants : le tableau n’est pas tout noir bien sûr mais il ne faudrait pas trop facilement le peindre en rose…

 

Je vous laisse à vos préparations de fêtes hivernales, pendant qu’ici l’été ne m’avait jamais paru aussi Noëlistique ! Tinkunakama…
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Publié dans minesderien

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F
Coucou!! <br /> la famille et moi-même te souhaitons un joyeux noël et une bonne année. <br /> Toujours aussi intéressant de partager tes réfléxions boliviennes. Et par là même d'ouvrir une autre fenêtre sur le monde pour d'autres qui n'ont pas la chance ou l'occasion d'aller en Bolivie (entre autre)<br /> Simon; ainsi qu'Elodie, Thomas, Céline, Théophile, Annie et Gilles.
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B
Très bon Noël à toi et à ta douce ! Je t'invite au prochain salon international des initiatives de paix on parlera jeux, compétions et non violence. Quant aux clés pour comprendre je n'en ai pas à déposer au pieds de ton sapin. Mais tu es bien parti pour en trouver et aussi apprendre à faire sans ! Faut parfois rester à la porte !<br />  
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