Tout est dit…

Publié le par Emmanuel Boissinot

Mamma mia…le temps file, et il est dur de donner à ce blog l’allure qu’il devrait avoir ; tant pis, je garde des surprises à partager pour le retour.

 

 

Pour l’heure, je vous embête sur une petite chose qui me taraude…enfin, « façon de parler ». Parlons-en, justement. Bien sûr les mots diffèrent. Bien sûr on ne parle pas pareil. Mais tout de même… C’est vraiment étonnant de voir à quel point le langage témoigne de façons d’être et de penser. Pas moins pour nous que pour les Boliviens, évidemment.

 

 

Ah, il va être difficile de m’expliquer en un article seulement, mais quelques exemples (ils sont moult) éclaireront un peu : tout d’abord, sachons bien que la langue a Potosi est un mélange de quechua et de castillan le plus souvent, ce qui perturbe encore un peu plus les méninges… Mais procédons par ordre, en commençant par le plus flagrant pour nous, petits explorateurs européens : une chose étonnante en effet de nos amis andins est que pour eux apparemment (attention aux conclusions hâtives…), la relation en direct est très importante. C'est-à-dire que la parole du moment est travaillée pour conserver une bonne relation avec la personne, pour « être bien avec elle », en quelque sorte. Par contre…une fois que le visuel, le direct n’est plus de la partie, on change de jeu : dans ce nouveau jeu, ce n’est plus « grave » si les mots ne coïncident plus avec les actes. Ce qui est parfois déroutant pour un petit Français. Déroutant, oui, tiens : il y a une semaine nous devions prendre la route justement pour La Paz  ; chargés comme des baudets (au passage un collègue nous avait justement lâché la responsabilité du voyage pour toute l’équipe d’animateurs…), nous avons décidé d’appeler un taxi pour soulager notre fardeau. « Calle (rue) Rojas de Luna, numero 15 ? Si señor, pas de problème, dans 10 minutes, un taxi vient vous prendre », me répondit-on après quelques explications sur la localisation. 5. 10. 15 minutes. Je rappelle car tout de même un peu a la bourre (ça aussi c’est typique, quelque part…), et tombe sur une autre « standardiste » : « si, si, pas de problème, dans 10 minutes ». Hum. Chat échaudé craint d’être pris pour un jambon, et qu’a cela n’tienne, je demande gentiment : « Mais, c’est bien sûr qu’il vienne ? ». C’est a partir de ce moment que par décence pour le jeune public, je ne transcris pas la longueur de l’entretien : impossible de tirer un « oui » ou un « non », mon interlocutrice se perdait dans des justifications pour dire que la zone était loin, que le taxi viendrait, etc. J’ai dû finalement prendre un pied de biche pour lui tirer les vers du nez, pour comprendre que malgré ses justifications, le taxi ne viendrait pas. Je n’avais pas besoin d’en savoir plus ! Mais même au téléphone, pour rester bien avec moi, la jeune femme (inconnue au bataillon bien sûr) a tenu à feindre qu’un taxi viendrait, pour me satisfaire.

 

 

De même ce jeune éducateur dans l’vent, Wilbert, m’a déjà posé une bonne dizaine (je n’exagère pas) de lapins (voire des lièvres, ou des sangliers au point oú on en est) : a chaque fois même sérénade, je passe te prendre a telle heure, etc. (parfois même pour le boulot) : j’attends toujours. Pas d’appel pour dire qu’il ne pourra pas, ni de mention le lendemain de ce qui s’est passé la veille. Et autant dire qu’il n’a pas le monopole de ce genre d’attitude…C’est troublant au début, on s’y fait mais c’est tout de même curieux.

 

 

Dans le même registre, il est très difficile de dire les choses en face : je suis pris a parti bien souvent pour demander quelque chose a la place de quelqu’un, aussi futile que soit la demande bien souvent…et dans des proportions surprenantes : ce week-end, dans une maison louée par des sœurs : «  Tu peux leur demander si elles vendent des souvenirs ?», ou encore « Tu peux demander a Machin si il a amené tel jeu ? », etc. Et tout est calculé : du « por favooooooor » (répandu de façon infinie dans tous les âges et conditions sociales), au fameux suffixe « ito » a n’importe quel mot. D’ailleurs il est très facile de griller quelqu’un qui te ment ou qui te veut quelque chose, selon sa façon de dire les choses :

 

 

« Holà hermanito, estas biencito ? Por favorcito, por favooooor, no podre venir esta tardecita a trabajar porque tengo que viajarcito… »

 

 

Jeu : pour les non-initiés a l’espagnol, comptez le nombre de « ito et ita » dans cette phrase tiré de la vie réelle en vrai.

 

 

Difficile d’expliquer tout ça par blog…et d’en donner un aperçu pas trop erroné. J’aurais encore beaucoup de choses à écrire…

 

 

Toujours est-il qu’on se fait à cette manière de parler, certes sans l’adopter. Ce n’est pas toujours évident ; d’autant que pour ce type d’ « œuvre » qu’est NIDELBARMI, et même pour n’importe quel boulot, on aurait besoin d’une relation de confiance plus éprouvée (du moins juste dire quand on ne peut pas ou veut pas faire quelque chose !) : cela dit, c’est une tournure d’esprit a laquelle il faut simplement s’habituer pour comprendre un peu les gens et ne pas être déçu. A vouloir trop comprendre d’ailleurs, on finit vite par juger…

 

 

Ouh la, pas clair le type, en me relisant. Vous me pardonnerez pour cet article, les mots me dépassent…

 

 

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Publié dans minesderien

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Ã
Salutito Manuito !Commentito ça va ito ? Je voulais justito te dirito que je vais allerito en Bolivito bientôt, pour travaillerito dans ton associationito, comme ça ito tu pourras te reposerito.Et aprèsito, j'irai sauverito le mondito
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P
J'ai reussi a suivre le fil....enfin du moins jusqu'au paragraphe sur "ito" parce que là ca depasse mes competences en espagnol.. (oui, elles sont treeees limitees)             et c'est 'marrant' ce que tu racontes, ca me rappelle le Vietnam, où on aurait tendance a rapidement qualifier les gens de menteurs, suivant nos critères. Le mot  "vérité" n'a pas le même sens ni la même importance partout, on dirait...<br /> En tout cas, ton blog il est cool, et ca c'est VRAI !
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