Guerre civile guère si vile
Crise. Chaos. Mouvements sociaux. Difficulté á gérer tout un peuple aux aspirations aussi fortes qu’hétérogènes. Monsieur Evo, on pouvait s’y attendre. La « demi-lune », composée des départements de Pando, Beni, Cochabamba, Santa Cruz et Tarija vous demande l’autonomie : ils veulent peut-être manifester leur opposition a votre gouvernement, et certainement profiter « seuls » de leurs richesses tournées vers l’Occident. …Alors que dans ces mêmes régions, les soutiens d’Evo (et notamment les « cocaleros ») grondent : ils n’entendent pas d’une même oreille les aspirations d’un peuple…pour le moins partagé.
Je ne peux pas me taire. Au diable la décence, je dois dire où en est ma situation : voici donc la vérité, aussi choquante qu’elle puisse être. Actuellement en Bolivie, et notamment a Potosí depuis quelques semaines, señores lecteurs et lecteuses, il ne fait pas bon être volontaire blanc. Je dois avancer dissimulé, dans une ville toujours plus hostile : la rage contre les gringos est de loin la plus terrible, et c’est parfois masqué que je slalome dans les méandres de la ville, évitant la portée des fusils, des projectiles, mais surtout…des bombes. Les cadavres de munitions jonchent un sol qui se détériore petit á petit, donnant á la ville cet aspect d’apocalypse qu’on croit ne voir jamais qu’a la télévision. Pour venir écrire cet article dans un cybercafé, j’ai dú non seulement parer au bas mot une dizaine de grenades lancées sur moi, mais aussi subtiliser a un ennemi son arme abjecte (merci les cours de judo) : une bombe de jet blanc ressemblant a s’y méprendre a du gaz lacrymogène, pour retourner l’arme contre l’agresseur. En courant je suis arrivé dans ce refuge heureusement zone de paix, décrétée tacitement par les belligérants. C’est une réalité dure a admettre, mais il faut l’assumer, et je ne peux pas quitter ma mission pour ces risques : ceux-là même font partie intégrante de ce que je suis venu vivre. Et ça va durer un mois, je le sais.
Oui. Ca y est, le carnaval a commencé à Potosí. Et une coutume aussi étrange et prégnante qu’amusante, est que pendant un mois, tout le monde se balade avec des bombes a eau, des pistolets, des bombes de mousse, des seaux d’eau, pour arroser a tout va les malheureux badauds…quels que soient le jour, l’heure de la journée, la personne. Bon, semblerait-il qu’il y a une lééégere préférence a arroser les gringos : en fait, il suffit qu’une personne ose pour devenir la victime de choix des jets en tout genre et être la risée de la ville. Croyez-moi, c’est vraiment un truc de fou. Il se trouve que je suis dans la ville ou les traditions sont les plus fortes, et…pour le coup, il n’y a pas moins de trois-quatre fêtes importantes dans chaque mois, occasion de danser, défiler, et…boire. Figurez-vous que
C’est la fête, et c’est vraiment impressionnant. Le week-end dernier a vu les mineurs descendre la montagne en dansant, dans leurs plus atours (costumes fabuleux, sérieusement) ; jeudi dernier, on nous a fêtés, nous les compadres…les darons, en somme. Jeudi prochain, c’est le tour des femmes, puis arrive le vrai, le grand carnaval. Parait-il que c’est a Oruro qu’il est le plus fou (2eme mondial après Rio), mais nous n’irons sans doute pas, la faute a pas de place et a pas trop de temps. Pour l’heure, il faut continuer dans cette ville curieuse, joyeuse et toujours très agréable (vraiment, quel charme !), en évitant les foudres des enfants et des moins jeunes dans toutes les rues… Et le travail continue sans relâche, avec même quelques événements un peu piquants, qui remettent en selle pour une année qui ne se laisse pas faire. Non mais oh. Le tout sera de savoir prendre du temps pour soi, des pauses…y compris hospitalityclub (quelle invention géniale), qui a l’avantage d’être une source de découverte et de partage insoupçonnable, prend du temps pour un Potosino qui est le seul du coin a accueillir… Petite pause d’accueil prévue dans l’air également. Comme quoi, on ne chôme pas en Bolivie.
Bon vent a tous, et joyeux Carnaval !