Au bout de la langue

Publié le par Emmanuel Boissinot

Pour beaucoup de Francais, ce n'est qu'une sous-marque de Decathlon. Ici, c'est non seulement une langue, mais aussi une culture, un peuple, et un mot qui veut dire bien plus que ce qu'on pourrait croire.

Le Quechua. Le simple mot serait a eclaircir : dans cette langue orale, les lettres "e" et "o" n'existent pas ; et pourtant, on l'ecrit deja avec un "e" ! Signe de changement, et surtout du dechiffrage occidental avec un outil qui lui est propre : l'ecrit. Cette langue est originairement purement orale, et le demeure encore partiellement : ici, personne - ou peu - ne saura aligner une phrase sur le papier, et il est simplement impossible de trouver deux personnes d'accord sur l'orthographe des mots. Temoins les livres ou dictionnaires, aussi officiels soient-ils, qui ne presentent pour similitude que ces lettres imprononcables : kh, k', p', qhh, etc. Aussi, l'apprentissage de la langue est "pratique" : partage et pratique plutot qu'enseigne, il ne fait pas l'objet du detour reflexif auquel nous sommes habitues pour apprendre l'anglais ou l'espagnol, voire dans une moindre mesure...le francais.

Et pourtant...presque tout le monde ici le parle et le comprend (a defaut de le pratiquer) : bien que nous soyions en ville ou le castillan est tres dominant, les educateurs, les enfants et les parents ont tous ce point en commun. Helas, trois fois helas, les gens n'osent pas beaucoup le parler : le castillan est tellement dominant qu'il a relegue cette langue si profonde au rang de la langue du paysan, de l'"arriere". Educateurs comme parents, malgre leur excellente maitrise de la langue, repugnent a la montrer en public : la pratique actuelle se limite plus aux cercles personnels (famille), et aux quelques anciens qui ne connaissent pas l'espagnol. En temoignent par exemple les dernieres reunions de parents dans les centres NIDELBARMI : les parents preferaient que Claudia (responsable) mene la reunion en Quechua, pour une meilleure comprehension, mais posaient leurs questions en espagnol !

Les Quechuas auraient donc, en quelque sorte, la langue dans leur poche...Qu'il est deprimant de voir ainsi une langue s'eteindre a petit feu, faute d'une reconnaissance sociale suffisante ! J'espere sincerement que les efforts actuels permettront de sauver autant que possible cette richesse humaine non mesurable : cours de Quechua a l'ecole, Google en Quechua, etc. Si le Quechua infiltre la realite pour se rendre "utile" (...), il a une peut-etre une chance de survie. Mais la tendance actuelle a l'universalisme n'est pas pour arranger l'affaire. J'avoue que je ne suis pas completement confiant : une langue conserve son essence surtout quand des hommes la pratiquent comme langue principale, et pas comme une langue secondaire, voire de folklore. C'est encore le cas avec une certaine generation en ville, et avec les gens de la campagne, ou l'espagnol a eu plus de peine a penetrer. Mais pour combien de temps ?

Il est grand temps, a mon sens, de valoriser plus reellement ce qui est en train de devenir marginal. Reste a savoir qui le souhaite. Toujours est-il qu'il est a chaque fois tres fort d'echanger quelques mots en Quechua avec les gens : l'interet porte a la langue est vraiment synonyme d'interet porte a la culture, aux gens, bref d'un petit decentrement. Et un gringo qui bafouille du Quechua...imaginez-vous ! C'est drole, ca etonne, ca rapproche, ca touche, c'est rare (l'anglais n'est-elle pas la seule langue hors du Quechua et de l'espagnol ?), et...c'est bon. Enfants comme adultes prennent plaisir a echanger sur la melodie de leur langue, et a en enseigner jalousement quelques "trucs". Alors...je bosse, je suis a fond en ce moment, un peu seul, un peu avec Ali (autre volontaire), et un peu avec...mon prof (qui n'en a que le nom !) : apprentissage du vocabulaire un peu, et surtout dechiffrage a la Champolion d'une grammaire aussi obscure pour nous que pour celui qui l'enseigne ! Il y a bel et bien une logique claire pour cette langue, mais qui n'a jamais ete enseignee que par la pratique : bien malin le Potosinien qui saurait nous en decrire les rouages ! Pas notre prof en tout cas, dont on se contente de soutirer des traductions pour deduire nous-memes les regles implicites de la langue... Enfin, quand il est la : mes cours hebdomaires (de 9 a 11h le samedi et le dimanche matin) se sont un peu mues en lapins hebdomadaires, mais ca...c'est aussi fortement culturel ?

Je vous laisse sur ces quelques mots, avant d'ecrire mes prochains articles en Quechua..."ama qhilla"! (ne sois pas paresseux !, une des trois regles des Incas...)

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Publié dans minesderien

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O
      En effet, j'imagine qu'un gringo parlant quechua, ça doit leur faire drôle là-bas : mais pourquoi qu'y parle notre langue c'ui-la ? qu'ils doivent se dire (en quechua). En tous cas, je trouve que c'est un belle chose que tu fais fais là, et j'imagine que ça contribue (un tout petit peu) à leur faire réaliser la richesse de leur identité indigène. Finalement, rien de plus simple : c'est en parlant une langue qu'on la fait vivre.<br />      Continue ce blog avec autant de passion car Brigitte a raison : c'est toujours lu avec bonheur et  ça garde des liens vivants ! Hasta...<br />  
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F
on ne tire pas la langue Manu, c'est pas poli ... !
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N
cher collèguecomplètement d'accord sur cette foutue mondialisation qui supprime les richesses et différences culturellesau Brésil on chante merry christmas a noel et on sort pour manger des lasagnes et des hot-doget ce n'est pas pret de s'ameliorer.....tchau bello    nolwenn
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B
Heureusement que tu n'as ni la langue ni la plume, pardon le clavier , dans la poche ! Toujours lu avec bonheur ce blog qui mine de rien garde les liens vivants
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