Alalay ("ca caille", en Quechua)
...et chaud les coeurs !
Petit article pour partager ces quelques jours que je viens de vivre dans la campagne Chuqueña (region proche de Potosi)... Suite a l'absence de Claudia, nous avons du avec Diether (son frere) animer un court atelier de formation aux jeux et techniques de NIDELBARMI : aupres de 50 professeurs de petits villages des environs, en plein milieu de la pampa chuqueña. Exercice vraiment passionnant et intense, tant pour eux que pour nous : eux passionnes et "a fond" dans les jeux, et nous a observer les specificites rurales de ces professeurs, notamment.
La campagne, cet autre pays dans le pays... Il est impressionnant de voir a quel point la mentalite, la langue, les vetements, les paysages, les manieres de faire s'eloignent de l'"universel occidental" a mesure que l'on s'eloigne aussi de la ville. Passionnant et tres curieux. Au detour de cet atelier, nous aurons par ailleurs eu l'occasion de cotoyer et de sympathiser avec la "cholita" du pretre chez qui nous etions heberges (ce type de femme aux traits caracteristiques si prononces : tresses, jupe en "terciopelo", plusieurs epaisseurs de vetements, chapeau, etc.). La cholita...au statut tellement ambigu : entre la fascination des garcons (nombre de chansons actuelles courtisent la "cholita bonita" - jolie cholita), et le rejet, a tel point qu'une recente loi condamne le malheureux qui prononcerait les mots "cholita de mierda", comme emettant une insulte raciste, ou du moins discriminatoire. L'equivalent francais le plus proche serait peut-etre "pauv' paysan !". Il est vrai au passage que je suis parfois etonne voire choque du manque de consideration dont elles sont victimes en ville, ou meme par le Padre son employeur. Toujours est-il que sa sympathie nous a valu une invitation a la fete voisine, d'une communaute de formation de cholitas, justement... Les jeunes filles viennent des (plus petits) villages voisins pour apprendre a tisser, cuisiner, connaitre leurs droits, etc.
Et notre arrivee tardive et desinvolte a participe a ma surprise : nous etions attendus...c'est a dire que la fete a commence a ce moment, et qu'on nous a servi deux grandes assiettes de specialite locale (qui nous ont gracieusement offert par ailleurs une nuit gratuite aux toilettes). Mais le plus impressionnant fut donc la festivite : les jeunes filles presentaient tour a tour chants (ces chants typiques de Potosi, avec la
voix suraigue des femmes...fabuleux), sketches, danses et autres discours...le tout en Quechua. Franchement tres emouvant. Emouvant de voir ces filles s'evertuer a gagner leur dignite et faire vivre leur culture, sans meme peut-etre le savoir, ce qui est encore plus fort ? Emouvant de voir cet accueil si chaleureux qui nous a ete fait. C'est un de ces moments simples et si forts que j'emmenerai dans mes valises...D'ailleurs, croyez-moi ou non, j'ai du comme tout le monde pousser mon petit discours en Quechua...j'ai plus fait rire que pleurer, au passage. La fete s'est poursuivie par des danses endiablees, propres a la culture andine (??) : une file de garcons, une autre de filles, pour des pas quasi invisibles et
un groupe presque immobile (mais ce n'est la que l'observation d'un pietre danseur !), ce qui me convenait parfaitement. Tout ca pour finir jusqu'au petit matin, vers 23h moins dix...une folie, avant une douce nuit pleine de reves et de doutes sur la quantite restante de papier hygienique.
Tinkunakama !
PS : merci pour vos encouragements et vos commentaires, je les lis toujours avec grand plaisir !
PPS : petit ajout au precedent article, non negligeable a mes yeux : parmi les hispanophones et Quechuaphones, il s'avere qu'il est tres rare que quelqu'un, bien qu'il maitrise a peu pres aussi bien les deux langues, soit capable de traduire dans l'autre langue l'idee transmise. Deux manieres de voir les choses tellement differentes...l'intraduisible traduit bien plus qu'on peut croire, non ?